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Coaching en entreprise

Codéveloppement professionnel : méthode, étapes et mise en pratique

Kévin Camhi
2 novembre 20268 min de lecture

Qu’est-ce que le codéveloppement professionnel ?

Vous avez suivi une formation au management, mais une situation résiste : une délégation qui revient toujours sur votre bureau, une coopération difficile ou un changement que vous peinez à expliquer. Le codéveloppement professionnel propose de travailler cette situation avec des pairs, dans un cadre structuré.

Développée par Adrien Payette et Claude Champagne, cette approche repose sur l’apprentissage à partir de l’expérience. La présentation de la DITP en décrit les trois rôles et les six étapes. Le groupe aide à élargir une lecture de la situation ; le participant reste responsable de ses choix.

Clients, consultants et animateurs : qui fait quoi ?

Le mot « client » désigne ici le participant qui apporte sa situation. Il ne signifie pas nécessairement qu’il achète une prestation. Les rôles de client et de consultant peuvent changer d’une rencontre à l’autre.

Repère visuelTrois rôles complémentaires
Demandeur

Apporter une situation

Le client décrit son contexte, précise l’aide recherchée et choisit ce qu’il souhaite essayer. Il peut refuser une suggestion ou demander une clarification.

Pairs

Élargir les possibilités

Les consultants questionnent puis partagent leurs expériences et leurs idées au moment prévu. Ils n’ont pas à convaincre le client d’adopter leur solution.

Animation

Protéger le processus

L’animateur régule les échanges, rappelle les règles et veille au passage entre les étapes. Il ne devient pas l’expert chargé de résoudre tous les sujets.

La qualité du travail dépend notamment de la place laissée à celui qui parle. Les repères d’écoute active aident à distinguer une question de compréhension d’un conseil déguisé : « Qu’avez-vous déjà essayé ? » ouvre davantage que « Pourquoi ne déléguez-vous pas simplement ? ».

Les six étapes d’une séance de codéveloppement

Le déroulé de référence présenté par l’AFCODEV sépare la compréhension, la demande et les contributions. Cet ordre évite de passer trop vite à une solution. Les explications ci-dessous sont des repères pratiques, pas un script d’animation complet.

  1. 1

    Exposer la situation

    Le client présente un problème, un projet ou une préoccupation actuelle. Il décrit les acteurs, les faits et ce qui le met en difficulté. Les consultants écoutent sans lancer immédiatement leurs recommandations.

  2. 2

    Clarifier

    Les pairs demandent les informations manquantes. L’enjeu est de comprendre le contexte, pas de mener un interrogatoire ni de glisser une solution sous forme de question.

  3. 3

    Convenir de la demande

    Le client indique l’aide qu’il attend : explorer une option, comprendre un blocage, préparer une conversation. Le groupe vérifie qu’il travaille sur cette demande, et non sur un problème choisi à sa place.

  4. 4

    Consulter et explorer

    Les consultants proposent des regards, des retours d’expérience ou des pistes. Le client écoute et peut faire préciser, sans devoir justifier chaque choix passé ni répondre à toutes les suggestions.

  5. 5

    Choisir un prochain pas

    Le client fait la synthèse de ce qu’il retient et prépare une expérimentation. Les consultants prennent également un temps pour identifier leurs propres apprentissages.

  6. 6

    Partager les apprentissages et réguler

    Chacun précise ce qu’il a appris et ce qui aiderait le groupe à mieux travailler. Cette clôture porte sur l’apprentissage et le fonctionnement de la séance, pas seulement sur la satisfaction.

Les étapes ne sont pas des cases à expédier. Une demande encore floue mérite d’être reformulée avant de poursuivre. À la séance suivante, un retour sur l’expérimentation réelle relie le travail du groupe au quotidien professionnel.

Exemple : une manager veut mieux déléguer

Situation fictive. Nadia pilote un service et reprend systématiquement les dossiers confiés à son équipe. Elle arrive avec cette phrase : « Personne n’est autonome. » Le groupe l’aide d’abord à distinguer ce qu’elle observe de ce qu’elle en déduit.

MomentExemple de travail du groupe
ClarifierQuels dossiers reprenez-vous ? À quel moment ? Quelle marge de décision aviez-vous annoncée ?
Préciser la demandeNadia souhaite préparer un échange sur les décisions que son collaborateur peut prendre sans validation.
ExplorerLes pairs partagent des expériences de délégation et proposent de rendre explicites les critères d’alerte.
ExpérimenterNadia choisit un dossier adapté, précise les décisions déléguées et prévoit un retour sur les difficultés rencontrées.
ApprendreElle observe si elle reprend la main par nécessité, par manque de cadre ou par habitude.

Le groupe ne décide pas que Nadia « manque de confiance » sur la seule base de son récit. Il l’aide à tester une hypothèse dans une situation précise. Pour préparer les modalités concrètes, le guide sur la délégation managériale approfondit les responsabilités, l’autonomie et le suivi.

Comment constituer un groupe qui peut travailler ensemble ?

Commencez par le besoin d’apprentissage commun. Un groupe de managers peut partager des situations de prise de poste ou de coopération, sans exercer exactement le même métier. La diversité apporte des regards utiles si chacun comprend suffisamment les contraintes des autres.

Poser les conditions avant la première séance

  • Participation choisie : clarifier ce que chacun vient chercher et l’engagement attendu sur le cycle.
  • Confidentialité : définir ce qui reste dans le groupe, ce qui peut être partagé et comment anonymiser les situations.
  • Stabilité : prévoir des disponibilités compatibles pour construire une continuité entre les rencontres.
  • Liberté de parole : examiner les liens hiérarchiques, les rivalités ou les évaluations qui pourraient retenir un participant.
  • Animation : choisir une personne formée à la méthode et capable de réguler le groupe.

Convenez aussi de ce que le commanditaire recevra. Un bilan collectif des apprentissages peut être utile ; la remontée nominative des difficultés exposées changerait la nature du cadre. Ces règles doivent être connues avant qu’un participant raconte une situation sensible.

Reconnaître les situations où ce cadre ne convient pas

L’Observatoire compétences-emplois de l’UQAM souligne l’importance de la confiance et les limites liées aux relations dégradées. Si les personnes se craignent ou cherchent à régler leurs comptes, ajouter une méthode d’échange ne suffit pas.

Un conflit ouvert peut nécessiter un autre espace de traitement. Les repères de gestion des conflits dans l’équipe permettent de distinguer désaccord de travail, tensions persistantes et situations qui demandent un relais. Le codéveloppement ne remplace pas les dispositifs d’alerte ou de protection.

Codéveloppement, coaching d’équipe ou réunion : que choisir ?

Le choix dépend du travail attendu du collectif. Réunir plusieurs personnes autour d’une question ne suffit pas à faire du codéveloppement.

FormatPoint de départCe que l’on cherche à produire
CodéveloppementLa situation professionnelle apportée par un pairDes apprentissages pour chacun et un prochain pas choisi par le demandeur
Coaching d’équipeLe fonctionnement et les objectifs d’une équipe réelleUne évolution de sa coopération et de ses pratiques collectives
Réunion de travailUn sujet sur lequel les participants doivent se coordonnerUne décision, une information partagée ou une production commune
FormationDes compétences définies dans un programmeDes connaissances et savoir-faire travaillés à travers des apports et exercices

Si votre besoin porte sur les interactions d’une même équipe, examinez le coaching d’équipe. S’il s’agit de trancher une décision opérationnelle, une réunion préparée avec un objectif clair sera souvent un cadre plus direct.

Ces formats peuvent se compléter. Le codéveloppement permet de revenir sur une pratique après une formation, à condition de ne pas transformer la séance en cours où l’animateur explique systématiquement la bonne réponse.

Comment observer les progrès après un cycle ?

Évitez de limiter le bilan à « Avons-nous passé un bon moment ? ». Cherchez des traces de mise en pratique et acceptez qu’une expérimentation apporte aussi un résultat décevant ou une question nouvelle.

  • Quelle action avez-vous réellement essayée entre deux rencontres ?
  • Qu’avez-vous observé qui a confirmé ou corrigé votre première lecture ?
  • Quelle question posez-vous désormais avant de donner votre avis ?
  • Quel apprentissage avez-vous tiré d’une situation apportée par quelqu’un d’autre ?
  • Quelle règle du groupe faut-il ajuster pour mieux travailler ?

Ces repères peuvent nourrir votre posture managériale, sans transformer les confidences du groupe en outil d’évaluation individuelle. Ils ne démontrent pas, à eux seuls, un gain de productivité attribuable à la méthode.

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Foire aux questions.

Oui, si le cadre reste praticable : accès confidentiel à la réunion, disponibilité des participants, qualité d’écoute et support de prise de notes adapté. L’animateur doit pouvoir distribuer la parole et repérer les interruptions. Une visioconférence ordinaire ne devient pas une séance de codéveloppement par le seul choix de l’outil.